Incontournable dans la bibliothèque des écrivains publics-biographes et de tous ceux qui veulent entrer dans les arcanes de l’écriture des récits de vie : La légende de nos pères, le roman de Sorj Chalandon.

Qui est cette femme aux chaussures rouges qui vient d’entrer dans le bureau de Frémaux, biographe et ancien journaliste ? Ne l’aurait-il pas déjà croisée ? Si, bien sûr, à l’enterrement de Brumaire, son père. C’était la jeune fille aux côtés de l’homme imposant. Ils avaient assisté de loin à la cérémonie, mais personne ne les connaissait.

Elle voudrait qu’il écrive la biographie de son père. Ce dernier s’appelle Beuzaboc. Quel nom étrange ! Et pour cause, c’était son surnom de résistant. La guerre transforme un homme. À la libération, impossible de redevenir l’homme d’avant, alors le surnom est resté pour devenir un patronyme. Sa fille l’a adopté aussi, comme un hommage aux actes héroïques du père ainsi qu’à ceux qui sont tombés. Pour ne pas oublier. Enfant, au moment du coucher, son père lui a raconté ses faits d’armes les plus glorieux. Elle a bien essayé de les écrire, mais elle ne sait pas s’y prendre avec les mots. C’est un métier biographe, ça ne s’improvise pas.

Frémaux va rencontrer Beuzaboc et la relation va se nouer. Biographe et biographé vont se toiser, s’apprivoiser, se deviner et se percer à jour. Entre le récit de l’un et les recherches dans les archives de l’autre, les aveux à demi-mot du premier et les silences du second, l’intrigue se noue autour de ce duo mal assorti. Qui est vraiment Beuzaboc ? Et que cherche finalement Frémaux ?

Peu à peu un dilemme cornélien étreint le biographe : quelle vérité doit-il écrire ? À qui doit plaire le livre, le biographé ou la cliente, sa fille ? Des questions éthiques essentielles à la rédaction de la biographie, auxquelles tout écrivain public-biographe est un jour confronté, sont abordées ici avec délicatesse et profondeur.

Pour vous donner envie de dévorer ce volume, voici un extrait qui vous mettra en appétit. Frémaux y décrit son métier – et le mien ! :

«[…] J’étais biographe familial. Pas nègre, biographe. Je n’écrivais pas à la place des personnalités, je remettais en ordre les mots des simples gens. […] Entrer en biographie est un instant solennel. La première rencontre. Cette gêne. Cette émotion. Le premier regard. Les premiers mots offerts. […] À son regard, à son attention, à sa poignée de main, j’ai su que Beuzaboc allait devenir mon client. Et s’il acceptait de l’être, il me fallait en être digne. […]»

À lire absolument !

Sandrine Chevillon

 

Ouvrage disponible ici : https://www.amazon.fr/gp/product/2253134694?ie=UTF8&tag=babelio-21&linkCode=as2&camp=1642&creative=6746&creativeASIN=2253134694